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Humanité
Le genre humain ne se sépare pas, il joue de la diversité.
Il est dans l'air du temps de dénoncer le sexisme en même temps que les majorités s'attachent aux plus grands machos : Poutine ou Trump ...
La principale acception de la notion de genre est celle qui renvoie à l'individu. Dans notre époque de liberté individuelle, l'existence de celui-ci n'est plus mise en doute, c'est celle du genre humain qui semble difficile à accepter pour certains. On voit tous les jours l'emprise de l'égoïsme sur la solidarité.
A la fin du néolithique, qui semble avoir été une période de matriarcat, les grands empires installent en orient la domination masculine. Le prêtre-roi, vainqueur des bêtes sauvages et autres dragons, va créer autour de sa citadelle une armée : l'invention de la guerre coïncide avec celle de l'esclavage, et d'abord celui des femmes. Pendant ce temps, l'empire celte va garder le culte de la fécondité, personnifié par les déesses mères. Sans rester un matriarcat, il inaugure une répartition des rôles qui s'est maintenu jusqu'ici dans notre culture, malgré les invasions romaines et arabes, malgré le code Napoléon et malgré (jusqu'à présent) les tentatives confusionnistes unisexe (remarquons qu'on demande aux femmes d'assurer le rôle masculin, en plus de leurs tâches ...). Dans notre culture, les femmes sont admirables et les hommes font des gestes admirables, chacun par rapport à l'autre. On dit aussi : les hommes donnent, les femmes reçoivent. La femme est, l'homme fait. Bien sûr, la femme fait aussi, tout comme l'homme est également, mais la séduction vient en partie de ce que la femme fait tout en étant et que l'homme est tout en faisant. Ce miroir inversé est à la source de la civilisation. "Le rapport essentiel de l'homme à l'homme est le rapport de l'homme à la femme" Karl Marx
Il y a nécessairement une méconnaissance de l'autre sexe : source de surprise et de tolérance. De chaque côté, l'autre est une sorte de divinité. C'est quand cette surprise est partagée qu'elle est féconde. L'apparition de l'autre est un plaisir. La division de l'humanité selon les deux sexes est fondatrice de la civilisation, et les rôles se répartissent selon cette dichotomie, accentuée par la culture. C'est une difficulté pour les homosexuels qui doivent réinventer une dialectique qui échappe au sens commun.
La théorie du genre prétend à l'uniformité de l'individu, sur lequel le sexe viendrait se greffer comme une partie accessoire et soumise à un choix personnel. C'est une prétention dont le ridicule n'échappe pas à grand monde. Il y a au Musée de l'homme de Paris deux figurines d'enfants identiques à l'exception du sexe du garçon, habillées l'une en fille et l'autre en garçon. Ce montage vise à montrer l'unité du genre. Mais si les figurines représentaient des adolescents par exemple, l'homme serait plus grand que la femme, celle-ci aurait des seins quand l'autre aurait de la barbe, entre autre. Les caractères physiques sont différents, et les caractères psychiques également. Qu'il y ait un positionnement personnel est une évidence, rendu plus facile par une culture sexuée.
L'autonomie des femmes est une nécessité, mais qui doit être socialisée. Il faut éloigner ces idées d'obéissance dans lesquelles des religions et des coutumes barbares ont voulu restreindre la moitié du genre humain. Mais l'autonomie, si elle permet l'indépendance, n'est pas celle-ci. Un monde où les hommes et les femmes seraient séparés est une autre chute dans la barbarie. C'est pourquoi l'idée de sexualiser le nom des métiers (dernier né : une cheffe) est une erreur : il y a un neutre dans la langue française, et c'est le masculin.
La confusion entre sexe et genre est un américanisme. Rappelons que l'anglais ne distingue pas le féminin du masculin. Pour un américain, la différence sexuelle s'appelle le genre, et le sexe désigne l'accouplement. Ce n'est pas le cas en France, et ce serait un appauvrissement. Dire d'une femme qu'elle a mauvais genre n'a rien à voir avec dire qu'elle fait honneur à son sexe.
Les femmes, parce qu'on leur a dévolu le rôle du désir, ont personnifié l'espèce humaine. Au fil des cultures et civilisations, elles ont construit ce "mondus mulieribus", ce monde fabriqué, depuis les bijoux jusqu'au maquillage qui comprend toutes les cultures et civilisations. Ce sont elles qui ont permis notre histoire, comme ce sont elles qui sont accusées de mensonge et d'artificialité, alors que, comme dans tout spectacle, ce sont les spectateurs, c'est à dire les hommes qui ont définis ce qu'ils attendaient.
En fait, il semble que les femmes soient soumises à une injustice : non pas parce que l'apparence du pouvoir reste très masculine, mais parce que, dans cette répartition, elles en font beaucoup plus que les hommes, même en France. (On sait qu'il y a pire, mais ce n'est pas une raison pour ne pas chercher mieux ...). Il ne s'agit pas seulement du travail fantôme (de la répartition des tâches ménagères, comme on dit péjorativement), mais de l'édification et du maintien du modèle humain, comme les mères savent généralement le montrer à leurs enfants.
"Une analyse féministe de l'histoire du travail industriel pourrait supprimer un angle mort de l'économie : l'homo economicus n'a jamais été sexuellement neutre ; dès l'origine, l'homo industrialis comporte deux genres : vir laborans, le travailleur, et femina domestica, la femme au foyer. Il n'est pas une société se développant dans la perspective du plein emploi où le travail fantôme n'a grandi de pair avec l'emploi. Et le travail fantôme a constitué un moyen, efficace comme nul autre, de dégrader un type d'activité où priment forcément les femmes et de rehausser celui qui privilégie les hommes." Ivan Illich "Le travail fantôme"