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La discordance du temps : l'hétérogénéité temporelle de la société
Tempus omnia vincit
Chacun pense le futur avec les idées du passé. Notre esprit utilise les matériaux de son expérience, nos conceptions assemblent des matériaux qui existent déjà, et même les problèmes que nous abordons ne sont que ceux que notre histoire nous permet d'appréhender.
Ainsi, né dans les années 1950 comme François Hollande, j'analyse les informations avec les schèmes que j'ai fixé dans mon enfance et mon adolescence, des années 60 à 80.
Mes goûts, mes idées sont ancrées dans ces références, que j'ai composé avec les satellites de ma vie d'alors.
En transportant les différentes synthèses que nous avons pu élaborer au cours de notre vie, nous vivons tous dans plusieurs époques, qui datent toutes. Nous prenons le monde d'aujourd'hui pour celui de différents passés. Chacun voit d'abord le monde avec les yeux de son enfance, de là le succès de la psychanalyse.
La société se compose ainsi de gens qui, chacun, superposent plusieurs époques. Nous croisons une juxtaposition de temps différents.
Il ne faut donc pas s'étonner de l'air de "déjà vu" de plusieurs idées jetées en l'air ces temps-ci. Pour Hegel, chaque chose apparait en deux temps dans l'histoire, la première fois en tant qu'esquisse, incomplète et incomprise, la seconde en tant que redite, déjà évidente. Les idées se réalisent, mais souvent trop tard. Ceci explique sans doute les connivences de génération et l'omniprésence des classes d'âge en France.
Ainsi, quelqu'un né en 1953 verra l'actualité avec des yeux qui ont eu vingt ans à l'arrivée de Giscard et trente au début de Mitterand. Nul doute que ses rêves seront marqués par cette période ... qui est par exemple celle de l'apparition des communiquants politiques. Et la génération de ses concurrents est celle qui a eu vingt ans dans les années 80, avec le néo-libéralisme.
Nous ne pouvons pas nous dégager de cet arrière-plan, qui s'impose naturellement, et qu'un artiste doit à la fois bousculer et ménager. Nul n'est jamais en avance sur son temps, mais peut-être en avance sur les idées de ses contemporains. Bref, on ne connait jamais son futur, mais connaître le présent est déjà une victoire.